Le jour où j’ai appris mon cancer…

13 Janvier, 2020.

J-13 : C’était le nombre de jours qui nous restaient avant notre départ en vacances. Oui je faisais un décompte. Psychologiquement cela m’aidait! Cette année, nous avions fait les choses en grand. Un voyage de 5 semaines au Brésil nous attendait. Le nord-est et ses plages paradisiaques, le Sud du pays et ses grandes villes, l’ouest avec les fameuses chutes d’Iguazu (les plus grandes chutes d’Amérique Latine). Bref, un vrai road-trip brésilien en perspective. L’excitation est au maximum. Petit à petit je m’apprête alors à mettre déjà de coté les affaires que je souhaite emmener en vacances. Il n’est jamais trop tôt !

Mais ce jour là; j’avais également pris rendez-vous chez mon médecin généraliste. Voilà quelques jours déjà que j’avais remarqué une augmentation subite de la taille de l’une de mes testicules.

Glamour, bonjour…

Rien d’affolant selon moi, mais à quelques jours du départ en vacances, je préférais tout de même consulter. Lors de la consultation mon médecin pensa à une petite infection urinaire, et me prescrit donc des antibiotiques ainsi que des analyses d’urine et une échographie. Je m’exécuta et passa donc les différents examens.

Plusieurs jours plus tard, les résultats de l’analyse d’urine se révèleront négatifs aux infections urinaires. Dans un premier temps, je trouve cela tout de même assez bizarre et prend donc rendez-vous pour l’examen d’échographie. 

J-8 : Samedi 18 Janvier 2020. Je me rend à mon échographie. Je dois dire que je n’en menait pas large. Outre le fait que j’allais devoir baisser mon pantalon et me faire analyser les parties génitales en long, en large et en travers par un inconnu, je commençais petit petit à stresser quant à l’issu de cet examen. Comme prévu, me voilà donc à poil devant Monsieur le radiologue, qui m’ausculte mes parties pendant de longues et stressantes minutes. A l’issu de l’examen j’essaie d’en savoir un peu plus quand même. Je lui explique que je pars d’ici quelques jours en voyage à l’étranger pour un mois et que j’aimerai bien régler ce « petit » problème avant mon départ.  A cet instant il se retourne alors vers moi et m’explique «  Ah Monsieur, mais là je crains que ce que vous avez ne vas pas du tout s’arranger avec des antibiotiques. Il va falloir vous faire opérer. Et je ne pense pas que cela puisse attendre votre retour de vacances dans 5 semaines. Il faut que vous alliez voir un spécialiste tout de suite. Vous verrez avec lui ce qu’il peut faire ».

Bon, ce n’est pas du tout les paroles réconfortes que j’avais espéré entendre. Bien évidemment, à l’écoute de ces mots mon coeur ne fait qu’un tour. Comment ça, il va falloir que je me fasse opérer ? 

Comment vais-je bien pouvoir me faire opérer en à peine une semaine ? Et surtout comment vais-je pouvoir trouver un rendez-vous avec un spécialiste sans avoir plus d’une semaine d’attente ? Nous sommes censé partir en vacances la semaine prochaine. Est-ce que cela veut dire que j’ai acheté un tout nouveau maillot de bain pour rien et que je ne pourrais pas l’exhiber sur les plages brésiliennes ? 

Je panique clairement (et je dois l’avouer, à ce moment là plus pour les caipirinhas que je ne pourrai potentiellement pas boire que pour ce « pépin de santé » dont je ne sais toujours rien).

Tout de suite mon réflexe est de prendre mon téléphone et de regarder sur Doctolib. Qu’importe l’urologue, du moment que je puisse avoir un rendez-vous rapidement… Bingo ! J’en trouve un juste à côté de chez moi. Il a une place lundi 20 janvier, dans deux jours. Et d’ailleurs je remarque que c’est le seul créneau disponible avant des semaines. Je le confirme immédiatement – d’autant que tous les autres urologues des environs sont également complets pour des semaines. Clairement c’est une chance de cocu. Même pour mon médecin traitant, il m’arrive parfois d’attendre plus longtemps…

J- 6 : Lundi 20 Janvier. Me voilà chez l’urologue. Je lui explique vaguement la situation, lui montre le compte rendu de ma radiographie. Très vite il me demande de me déshabiller. Il m’ausculte pendant plusieurs minutes, puis me fais me rhabiller. Je me rassoit à son bureau, et là il s’adresse à moi : «  Bon, ce compte rendu de votre radiologue n’est pas très clair. Il parle de processus tissulaire dans sa conclusion. Quand on parle de processus tissulaire, typiquement cela veut dire cancer. Mais là cela ne colle pas forcément au reste de son compte rendu ainsi qu’à mon examen clinique. Normalement lorsqu’il s’agit d’un cancer, au toucher, la testicule est dure. Chez vous ce n’est pas vraiment le cas.. J’ai un doute. Votre radiologue ne s’est vraiment pas mouillé. Il faut que je l’appelle. Car si c’est un cancer il faut qu’on fasse vite, et vous ne partez pas en vacances dimanche ».

A ce moment là, je crois que mon cerveau a buggé car il est resté figé sur le mot cancer pendant de longues secondes. La situation était en train de dégénérer sacrément. Je suis donc passé en à peine une semaine, d’une simple infection urinaire à… un potentiel cancer. J’essaie de digérer tant bien que mal toutes ces infos. Mon urologue tente d’appeler le radiologue qui m’a fait l’examen, afin que celui-çi lui confirme son diagnostic. Ce dernier n’est évidemment pas présent cette semaine là à son cabinet. Le son des haut parleurs est tellement haut que j’entends la conversation entre mon urologue et la secrétaire :

– Désolé il n’est pas pas présent, il est à une conférence toute la semaine, lui indique la secrétaire 

Pouvez-vous lui demander de me rappeler au plus vite. C’est par rapport à un patient qu’il a vu samedi ? C’est très urgent.

Oui je peux lui laisser le message. Il vous rappellera dès qu’il reviendra en fin de semaine.

Non Madame, je crois que vous ne comprenez pas. Vous allez l’appeler immédiatement sur son téléphone portable, et lui demander de me rappeler sur le champs. Comme je vous ait dit, la situation est assez urgente. Donc vous l’appelez tout de suite s’il vous plait,

Monsieur, il est en conférence, je ne peux pas le déranger,

Madame, nous sommes potentiellement face à un diagnostic de cancer. Donc vous allez le déranger j’en ai rien à faire.

A mesure que cette conversation avance, celle-çi devient de plus en plus irréelle pour moi. Mais lorsque je vois le ton et l’insistance de mon urologue vis-à-vis de cette secrétaire, je comprend que la situation est pour le moins sérieuse. Et à mesure que les minutes avancent, mes vacances elles, ont l’air de s’éloigner petit à petit. 

Je ne peut pas y croire. Comment en étais-je arriver à cette situation ? Si s’était une blague, celle-çi était indéniablement de mauvais goût. Comment une chose comme celle-çi pouvait m’arriver ENCORE à moi ? Et qui plus est à cette époque de l’année. Quasiment 2 ans jour pour jour après le décès de ma mère. Ma vie commence de plus en plus à ressembler malgré moi à un film dramatique. Et pour la première fois, j’avais l’impression qu’à présent je ne contrôlais plus rien de l’histoire. Ce narrateur omniscient que je voulais tant être, était finalement en train d’être relégué en un second rôle. Je subissais cette histoire de plus en plus…et je n’aimais pas ça.

L’urologue raccroche alors d’avec le secrétaire. Il s’adresse à moi :

« Ecoutez, là c’est certain qu’il ne me rappellera pas. A l’heure actuelle des choses, je ne peux pas vous laisser partir en vacances sans que nous soyons certain de ce que vous avez. Encore une fois, nous ne sommes pas sûre que cela soit un cancer. Mais votre radiologue ne s’est pas du tout mouillé dans son compte rendu. Il faut que l’on soit sûre à 100%. Là on a donc 5 jours pour vous faire passer tous les examens nécessaires avant votre départ. On va essayer de tout condenser. Je vous prend donc rendez-vous chez un autre radiologue dès demain. Ensuite vous allez me faire une prise de sang pour les marqueurs tumoraux puis je vous organise un scanner en urgence pour jeudi. Nous, on reprend rendez-vous pour samedi et vous revenez avec tous les résultats! » 

Je dis oui avec ma bouche. Mon coeur lui, pleure. Je repars assomé de ce rendez-vous.

Le lendemain je me rend donc chez le deuxième radiologue pour passer l’échographie. C’était une connaissance de mon urologue. Pendant le chemin, je prie pour un diagnostic différent. Je prie pour qu’il me dise que le premier radiologue s’est trompé et que finalement ce n’est pas aussi grave que cela en à l’air. Je regarde alors vers le ciel. Je pense alors à mes fameuses « bonnes étoiles » dont tout le monde me parle depuis le décès de mes parents. « Ne t’inquiètes pas, à présent ils veilleront sur toi à jamais. Ce sont tes bonnes étoiles » – qu’ils me disaient tous.

Pour la première fois depuis leur départ, je prie pour que cette « magie céleste » soit réellement vraie. Si bonnes étoiles il y a , s’était le moment de me le prouver chers parents…Bossez donc un petit peu et faites moi un signe, montrez moi que vous êtes toujours là, quelque part à veiller sur moi. Montrez-moi que non, vous ne m’avez pas lâchement abandonné. 

C’est à présent l’heure de l’examen. Lors de la séance, le radiologue n’utilisera lui non plus jamais le mot cancer, et se contentera de me dire que l’examen echographique chez moi, est effectivement pas « très clair » et qu’il comprend « l’indécision » du précédent radiologue. Il me dit alors qu’il allait appeler mon urologue pour lui parler des résultats et faire un point avec lui. Je garde espoir.  En attendant, je pars au travail. Le coeur lourd quand même, il faut l’avouer. 

Puis, quelques heures plus tard, mon téléphone sonne. Je décroche, c’est mon urologue :

« Je viens d’avoir mon confrère qui vous a passé l’échographie ce matin. Ecoutez, il est catégorique, c’est un cancer. Il faut donc que nous fassions vite. Vous ne partez surtout pas en vacances dimanche. Je vous opère dès la semaine prochaine, jeudi 30 Janvier. Ne vous inquiétez pas, on va vous soignez. Vous pourrez repartir en vacances d’ici quelques semaines.. En attendant je vous fait un arrêt de travail d’un mois. Allez faire tous vos examens. On se voit samedi pour notre rendez-vous et n’oubliez pas de m’apporter tous les résultats ».

A ce moment là, tel un jeu de cartes, tout s’écroule. Les informations s’enchainent toutes d’un coup. J’ai l’impression que mon cerveau n’a pas le temps d’analyser ce qui est en train de se passer. J’essaie de résumer le topo dans ma tête : Me voilà donc avec un cancer, il va falloir que je me fasse opérer d’urgence la semaine prochaine et je vais devoir tirer un trait sur mes vacances.  Ok. C’est vraiment la triple peine. J’en est donc à présent le coeur net. Mes « bonnes étoiles » m’ont donc lâché. Comme si cela n’aura pas suffi de les perdre toutes deux la même année; ils ne me sont donc vraiment d’aucune utilité dans l’au-delà! Car quels parents auraient voulu ça pour leur fils ? Surtout après les deux dernières années que je venais de passer. Je commence à penser que la seule personne sur laquelle il faut que je crois, c’est bien en moi même…

C’est officiel, il va donc falloir que je fasse face à présent à un cancer des testicules.

Définitivement, il y a tout qui part en couilles..

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