La préservation de sperme : le CECOS.

Le lundi matin j’avais rendez-vous au CECOS (Centre d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains) de l’hôpital Cochin afin de faire congeler mon sperme. Visiblement c’est une étape fortement recommandée lorsqu’on vous diagnostique un cancer du testicule; dans l’hypothèse où la chimiothérapie aurait endommagé fortement la qualité de votre sperme, et donc, réduit vos chances de pouvoir procréer. Honnêtement avoir des enfants n’avait jamais été dans mon projet de vie ; et si jamais envie il y avait un jour, l’adoption aurait naturellement été le choix privilégié. Mais comme depuis quelques jours je m’étais mis en mode « automatique », je me suis donc rendu au CECOS sans trop me poser de questions, et suivi les indications de mon urologue sans trop réfléchir.

Je ne me souvenais plus exactement à qu’elle heure j’avais rendez-vous. Je me rappelais uniquement que s’était relativement tôt; quelque chose entre 8.15 et 8.45. Afin d’avoir l’esprit tranquille je décide de m’y rendre pour 8h du matin. Un jeune homme était déjà dans la salle d’attente à mon arrivée. La porte du secrétariat était fermée. Il y avait une pancarte avec d’écrit « sonnez à votre arrivée, la secrétaire vous appellera ». Je m’exécuta et sonna comme demandé puis parti m’assoir dans la salle d’attente. Quelques minutes plus tard, un médecin entra dans la salle d’attente et demanda à haute voix «  Qui vient pour un don s’il vous plait ? ». Je voyais que l’autre jeune homme ne répondait pas. Nous n’étions que tous les deux, cela ne pouvait donc être que l’un d’entres nous. Peut-être étais-ce moi alors ? Ils appelaient donc cela un don ? Bizarre…

Je me leva donc de ma chaise et suivi le médecin en pensant tout naturellement qu’il s’agissait de moi. Sur le chemin nous menant à son bureau, je lui informe tout de même des raisons qui m’amenaient ici afin d’être certain que nous parlions de la même chose. D’un coup le médecin s’arrêta et me lança « Ah ba non c’est pas vous alors! Moi je cherche quelqu’un qui vient pour faire don de son sperme. Vous c’est une préservation c’est différent ».

Sans déconner – pensa-je très fort.

On rebroussa donc chemin pour retourner dans la salle d’attente. Là l’autre jeune homme s’était déjà levé de sa chaise. Il venait sans doute d’avoir une lueur de génie et venait de se rappeler qu’il était effectivement là pour un don…

C’est sûr qu’ici c’est le genre d’endroit où l’on se rend tous les jours! On peut vite oublier pourquoi on vient, me suis-je dis avec ironie. Mais surtout, j’étais étonné que les médecins crient ce genre de choses à voix haute dans la salle d’attente. J’aurai pensé que la discrétion était de rigueur dans un endroit comme celui-çi. C’est pas comme si nous étions dans la salle d’attente d’un dentiste :

– Ba écoutez je viens pour un détartrage et vous ?

Oh moi je viens pour congeler mon sperme, je viens d’apprendre que j’ai un cancer ». 

2 salles, 2 ambiances.

Bref, plusieurs minutes plus tard, s’était à présent mon tour. Cette fois ci le médecin qui s’occupa de moi m’appela par mon nom. J’aurais au moins évité l’embarras de devoir affirmer devant tout le monde la raison de ma venue.

Après m’avoir posé plusieurs questions au niveau de ma santé dans son bureau, elle m’accompagna jusqu’à la fameuse salle où j’allais devoir faire mon prélèvement. S’était une toute petite salle avec un petit lit d’hôpital, une télévision ainsi qu’un lavabo. Elle me montra le petit SAS dans lequel je devrais mettre la petite fiole une fois le « travail » terminé. Il était directement relié à leur laboratoire qui se situait juste derrière. Ouf, je n’allais donc pas avoir à rendre ma fiole en main propre à cette charmante jeune femme. Elle continua et me prodigua des petits conseils du type « N’oubliez pas de vous laver le mains au préalable, puis de vous désinfecter le gland avec cette petite lotion et cette lingette avant de commencer ». 

Et oui on ne le répétera jamais assez, l’hygiène c’est important.

 Puis, avant de sortir, elle me donnera un dernier conseil avisé « et surtout n’oubliez pas de fermez la porte à clef dès que je sortirai ». Oui effectivement, s’était un conseil des plus pertinents. Ca serait dommage que je sois surpris en « pleine action » et qu’une infirmière reparte de là aveuglée à jamais.

Me voilà donc seul à présent, livré à moi même dans cette petite pièce. S’était à moi de « jouer » dorénavant. Autant dire qu’à 8.30 du matin, j’avais davantage envie de retourner dans mon lit plutôt que de devoir me désinfecter le gland sur un lit d’hôpital! Et ce qui était sûr, c’est qu’il allait me falloir une bonne dose de motivation afin de mener ma mission du jour à bien. L’écran de le télévision était allumé sur un menu qui ressemblait à celui d’un DVD. Je voyais d’écrit plusieurs catégories, et je voyais qu’il y avait plusieurs pages. Visiblement, niveau motivation il y avait ce qu’il fallait! Avant donc de lancer mon dévolu sur une catégorie particulière je parcourais tout le menu afin de voir toutes les possibilités qui s’offraient à moi. Et ça commençait : Asiatiques, black, sexe extérieur, Lesbienne, Sexe Intense.. eh ba dis donc, je suis dans un hôpital ou bien dans un sex-shop de Pigalle ?! Clairement, j’étais assez étonné du choix des catégories présentes. Malheureusement aucune de ces catégories ne me sera d’une grande utilité. Je continua donc jusqu’à la fin du menu et constata à mon grand étonnement (et désarroi) qu’il n’y avait en revanche aucunes catégories pour les hommes gays. Je venais donc de scroller pendant 5mn tout un menu pour au final constater qu’il n’y avait rien pour moi. La désolation pouvait se voir sur mon visage. Une désolation sensiblement la même que lorsque je veux commander un Mcdo sur UberEat mais que le restaurant est fermé à la vente. J’avais clairement les boules (sans mauvais jeux de mots).

Donc pour résumer, les hommes hétéro avaient eux par contre le droit à leur petite catégorie lesbienne afin d’assouvir tous leur petits fantasmes de mâles tel un Hubert de la Bath dans OSS 117 (on est d’accord que même sorti de son contexte, un doigt dans les fesses, ça reste un doigt dans les fesses hein…) mais pour nous, hommes gays, il faudra nous contenter de ce qu’il y a… 

OSS 117 : Rio ne répond plus.

A cet instant je repense au discours du médecin que j’avais vu quelques minutes auparavant, et à qui j’avais confié être homosexuel et donc n’être pas certain d’avoir besoin d’avoir recours un jour à ma chère semence. Pour le coup celui-ci m’avait fait un assez beau speech en me disant que comme tout le monde j’avais le droit moi aussi à avoir des enfants si je le souhaitais, et qu’on ne pouvait jamais savoir car un jour, peut être, la législation évoluera encore plus dans notre sens ect ect … Effectivement le speech était très beau.

Mais concrètement à quoi cela servait-il donc de nous faire de beaux discours d’inclusion de ce genre si derrière, dans les faits on nous démontrait le contraire? Car clairement, ne pas mettre de catégorie gays, s’était tout simplement nous dire « vous n’existez pas ».

A ce moment je me dis que cette histoire allait me prendre bien plus de temps que je ne l’imaginait. Cela faisait déjà quelques minutes que j’étais là dedans et je n’avais toujours pas commencé le travail. Vu que j’adore me poser des questions existentielles, je commence également à me demander à cet instant s’il y avait un nombre de minutes approprié afin de rester dans cette cabine ? 

Ba oui, c’est que je n’avais pas spécialement envie d’expédier la chose, de peur que l’on pense que je suis un genre de Lucky Luke… et que je tire plus vite que mon ombre. Et à l’inverse je n’avais pas envie non plus de m’éterniser trop longtemps de peur que l’on pense que je suis réellement en train d’avoir le kiffe de ma vie, confortablement installé dans ce petit lit d’hôpital. Pour le moment, vu la situation assez compliquée, j’étais bien parti pour rester un petit moment.. Je décide donc de choisir une catégorie… peut-être arriverais-je tout de même à « hisser la mât » un temps soi peu. Je ne sais pas pourquoi, mon dévolu se fera sur la catégorie « sexe en extérieur ». Comme au loto, j’espérais avoir tirer le bon numéro. Le résultat fut comme à mon habitude au loto, pas très engageant, et j’avais l’impression d’avoir tiré la boule noire comme à MOTUS. L’excitomètre était au plus bas, c’est le cas de le dire !

Et à mon grand regret, il n’y avait pas non plus de bouton « marche rapide » afin d’avancer…. S’était long, que s’était long. Mon calvaire était en train de s’éterniser. S’en était de trop. Aux grand maux, les grands remèdes. Dieu soit loué d’avoir inventé les téléphones portables. Je décide donc de prendre mon téléphone. Alléluia, je constate que la 4G fonctionnait très bien dans ce bâtiment, et , après avoir pris la première vidéo qui me passa sous le nez, je commencea donc mon affaire. Puis, enfin, au bout de quelques minutes, la magie opéra et ce qui devait arriver, arriva. On se serait presque cru dans un Disney : « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». 

Non ?  Bon je m’égare…

La réalité fut bien moins glamour : j’éjacula dans la fiole, l’a mis dans le SAS, pris mon manteau, et parti en courant de cette pièce sans me retourner afin d’échapper à tout regard inquisiteur. Bien évidemment, sans oublier de me laver les mains en partant (hygiène d’abord!). 

Ma mission du jour était accomplie, j’étais fier de moi. Si je fumais, je pense qu’à ce moment là je m’en serai probablement grillé une. J’avais à présent mérité un bon repos. Il était temps de rentrer à la maison avant la suite des péripéties… mon opération.

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